Chants à la lune
Depuis ma terrasse
je t'aperçois
lointaine
insolente mais pâle virgule
face poudrée
et vitriolée
auréolée du halo roux
promesse de brumes lascives
de pluies fécondes ou glacées
un petit signe
ou clin d'oeil
qui m'attirent
moi
et mon balai de genets
"viens, viens donc
c'est la nuit
Zahar t'a appris
il te faut me rejoindre
et jusqu'à l'aube
tournoyer
passer et repasser en orbite
face pile
face face
viens ma douce
mon miel
je t'attends"
et moi je te réponds
"samahni!
yamshi! yamshi!**
jamais toi et moi!
n'attends pas ça!
Je ne suis pas
qui tu crois
je suis fille de l'onde
et non de l'abîme
épouse des monts
non des volcans
Neptune mon Père
se rit de Vulcain
laisse laisse ton appel
abandonne ta visée
je reste oui
à danser
là est ma joie
je veux vivre ma foi
et tournoyer ici
la face au soleil
petite soufi
humble caleilh
douce brise
flamme légère
petite bergère
reine éprise
de liberté
je ne suis pas la femme parfaite
je suis libre et fidèle
en fête!" ***
°°°000°°°
*(et ma tête a tourné= et j'ai perdu la tête)
**(pardonne-moi!
vat-en! vat-en!)
***(chez nous en fait se prononce :"en fête")
Tahheyyât
Fina oueqt fellil? *
Disparue
l'inquiète
derrière le rideau
de pluie
froid
solide
nuit
liquide
mon voile
humide
colle
à ta peau
il ne s'envole
tombe
oripeau
ton pied
trébuche
dans
la flaque
tes cheveux
roulent
de précieuses
eaux
ouverts
grand
mes bras
palombe
traquée
ou
cerf
essoufflé
pourraient s'y réfugier
le ciel
murmure
sur les tuiles
l'éclair
a lui
et
le tonnerre
grondé
tu frissonnes
salées
tu bois
les perles
de mes yeux
douze coups
au clocher
sombre
chapelet
le temps s'est arrêté
je t'ai repris mon voile
je me suis dérobée
sous une averse de pétales roses
°°°000°°°
*(à quelle heure de la nuit?)
Tahheyyât

Silhouette
N'bred fi ma trik'ik elmendjoura*
G taggué mes "je tM"
sur tous les murs de mes poèmes
pourquoi
pourquoi joues-tu ainsi avec moi?
cache-cache
pile-face
double six
ou simple as
ombre et lumière
faire tourner
avec
doigté
et élégance
feu et rivières
diamants
brillant
dans l'obscurité
or liquide
irisé
sous le rai oblique
d'un faisceau
tangeant
°°°000°°°
*(je me suis refroidie dans l'eau de ton chemin de pierre)
Tahheyyât

Gh'da el ard fiha ezz'laq*
-
Je suis descendue
au jardin
j'étais triste
esseulée
-
je n'avais ni envie de chanter
ni envie de danser ou de sourire
à ton muet visage
effacé la-haut dans les nuages
-
j'ai tiré le seau du puits
je me suis aspergée
l'eau giclait et glissait
je m'ébrouais comme un jeune cheval
-
une faible lumière irradiait
de ma silhouette phosphorescente
telle un fantome
je me voyais dans la flaque
-
alors
tes yeux rieurs
derrière les ifs
-
ferme sur mes pieds
comme biche aux abois
j'ai bondi
et couru
vers la mer
sans me retourner
j'ai plongé
-
regrets
-
trop tard
tant pis!
°°°000°°°
*(demain, la terre sera glissante!)
Tahheyyât
Nerkeb b'khatri* Il fait doux cette nuit Pourquoi chagrin pourquoi lourdeur pourquoi ce feu pourquoi mes yeux aucun nuage aucun arbre aucun voile ta surface trop froide tu ne m'as laissé fuir mon ombre est fade elle s'allonge incertaine pour la dernière fois demain je reprendrai et je redanserai pour ce monde comme si de rien n'était °°°000°°° *(je m'engage de ma propre volonté) Tahheyyât Ghedoua n'zidou fi triq'na, kaïn el quentra fe ch'cherg* Ce soir, le soleil ne se couchera pas! Danser sous le soleil les tons rouges et flattent mes joues il m'arrive d'être coquette je vais danser pour toi mon voile projeté mes formes avouées rire mes mélopées énamourées je vais je vais t'indiquer je vais panser tes froides blessures mon jeûne est rompu je vais raffraichir ton front pâle Mais bien sûr Mais bien sûr Je resterai puisqu'il n'y aura pas je demeurerai là Tout cet entr'espace-temps sur une danse des mondes! Je ne mentirai pas °°°000°°° *(demain, nous poursuivrons notre route, il y a un pont à l'est)
si profond
en mon coeur
qui me dévore
encore en pleurs
ne te dérobe à ma vue
entre toi et moi
aucun artifice
mon coeur trop ardent
que pour mieux me rattraper
sous ta lueur blafarde
sur les graviers violets
j'écrase une ultime larme
mon voile, mon tambourin
mon amour et ma flamme
pour la Vie
pour mon Dieu
pour mon Roi

Pourquoi?
Parce que je ne le veux pas!
comment?
Que peu t'importe!
zahar m'a appris
alors voici!
c'est merveille
rosés
bruns
dorés
rehaussent mes mousselines de couleur nuancée
davantage que fillette
gracile
ou que pouliche
fraîchement débourée
astre de mes nuits
comme tu aimes
vers les témoins
invisibles
t'appeler
puis te fuir
et sourire
chanter
mes langueurs
mes soupirs
t'apprendre la mort
te crier la souffrance
l'absence
le manque
le désert
la soif
la nuit
le puits
l'oasis
la palmeraie
la cité
au-delà des dunes
le secret perdu
la joie retrouvée
te servir du vin non fermenté
t'offrir des dattes et du lait caillé
mon deuil a vécu
je vais caresser tes orbites vides
je vais faire pétiller tes yeux
et cueillir ton sourire
je suis une enfant!
n'est-ce pas
ce que tu aimes?
je suis un peu folle
n'est-ce pas
ce dont tu raffoles?
jusqu'à l'aurore
puisque le soleil
ne se couchera pas
de combat
entre Toi et Moi
cette nuit, ô Lune
toute cette nuit,
qui n'en est pas une
soustrait à l'ombre
pris en avant-goût
sur l'infini!
je ne parlerai pas
je ne me tairai pas
je chanterai
je danserai
ivre de joie, ivre de foi
jusqu'à ce que VIE s'en suive!
Tahheyyât
Haied Hayet el gh'ta, ban el hadjra ou akhel tedoui
ou hellou aïnihoum*
*(La VIE se dévoila, et la pierre apparut, brillante, noire
alors, leurs yeux s'ouvrirent!)
°°°000°°°
le 7 ème jour, la 7 ème nuit sont ceux du repos de la Création!
le 7 ème chant est celui du RIEN où tout se reccueille dans le calme...
et où la connaissance et la reconnaissance s'accomplissent...
°°°+000+°°°
Tahheyyât
FIN des chants
